Nairobi, Kenya – 10 décembre 2025
Par Bridget Kakuwa, Benjamin Abugri et Molalet Tsedeke
L’Afrique a pris des mesures décisives pour renforcer la résilience et la viabilité à long terme de ses systèmes agroalimentaires avec l’ouverture officielle à Nairobi des consultations africaines sur la prospective pour des systèmes agroalimentaires résilients. Ces consultations de haut niveau ont réuni des décideurs, des chercheurs, des partenaires de développement, et des praticiens de l’ensemble du continent dans le but de promouvoir la prospective comme principal instrument de la gouvernance anticipatoire, de la planification basée sur des faits concrets et des décisions d’investissement résilientes.
Peter Orangi, représentant de la direction du ministère de l’Agriculture et du développement de l’Élevage/Département d’État de l’Agriculture (MOALD/SDA), a dans son allocution d’ouverture souhaité la bienvenue aux délégués de la Commission de l’Union africaine (CUA), du Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), des organisations sous-régionales, des universités et des États membres.
Peter Orangi, ministère de l’Agriculture et du développement de l’Élevage/Département d’État de l’Agriculture
Il a fait remarquer que les consultations intervenaient à un moment charnière pour les systèmes agroalimentaires africains, qui sont façonnés par les changements climatiques, la pression démographique, la volatilité des marchés et la dégradation de l’environnement. Il a souligné que les cadres continentaux, tels que la Déclaration de Kampala sur le PDDAA, l’Agenda 2063, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) et le Programme de résilience des systèmes alimentaires, offraient une base solide pour un processus décisionnel inclusif et anticipatif. Il a également fait observer que « la prospective permettait à l’Afrique de façonner son avenir agroalimentaire plutôt que d’être façonnée par celui-ci. »
Lors de l’ouverture officielle des consultations, S.E.M. Moses Vilakati, commissaire de l’Union africaine chargé de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable, a souligné que la prospective n’était plus une option dans un cadre défini par les chocs climatiques, la volatilité des prix des denrées alimentaires et des intrants, l’évolution rapide des technologies et les risques géopolitiques et sanitaires. Il a fait observer que les consultations permettaient de promouvoir directement les aspirations de l’Agenda 2063 et de traduire dans la pratique la Déclaration de Kampala sur le PDDAA et la Stratégie et le Plan d’action 2026-2035 du PDDAA, qui reconnaissent que les systèmes agroalimentaires africains sont en train d’être remodelés par les changements démographiques, l’urbanisation, l’évolution des habitudes alimentaires, la variabilité du climat et une plus grande intégration régionale. Il a également souligné l’alignement des consultations sur la Phase 3 du programme de résilience des systèmes alimentaires qui préconise le renforcement des prévisions, la réduction du temps de réponse entre l’alerte rapide et l’action et l’harmonisation des dispositifs institutionnels en matière de préparation sur le continent.
S.E. M. Moses Vilakati, Commissaire, ARBE-CUA
S.E. M. Vilakati a indiqué que la diversité des institutions représentées, des États membres aux CER en passant par les organisations de recherche, les organisations d’agriculteurs, les réseaux de femmes et de jeunes et les partenaires de développement, témoigne d’une volonté commune de renforcer le niveau de préparation et la résilience à long terme des systèmes agroalimentaires africains. Il a souligné que ces consultations marquaient le début d’un engagement continental plus structuré et institutionnalisé en matière de prospective que l’Union africaine entend intégrer en tant qu’instrument standard dans ses systèmes d’élaboration de politiques et de planification.
S.E. M. Vilakati a présenté cinq orientations stratégiques clés qui devraient définir le cadre continental et la feuille de route pour la prospective dans les systèmes agroalimentaires africains. La première est l’institutionnalisation de la prospective au sein de l’Union africaine, des CER et des systèmes nationaux, y compris des cadres de responsabilisation, des responsabilités clairement établies, des ressources prévisibles et l’établissement de rapports réguliers ; la deuxième est l’intégration de la prospective dans le PDDAA, dans le programme d’action pour le climat et le programme des systèmes alimentaires qui soulignent que la prospective devra renseigner les prochains plans d’investissement du PDDAA, les stratégies d’adaptation au climat, les trajectoires des systèmes alimentaires et les politiques commerciales et de marché; troisièmement, l’amélioration de la collecte des données, le renforcement des fonctions d’analyse et des capacités sur le continent en veillant à ce que la prospective de haute qualité repose sur des données à jour, des outils d’analyse solides et des praticiens qualifiés ; quatrièmement, la promotion délibérée des perspectives de genre des jeunes et dans les communautés, là où l’architecture de la prospective reconnaît officiellement les systèmes de connaissances autochtones et communautaires ; et enfin demander que des liens soient établis entre la prospective et les mécanismes concrets de financement et de responsabilisation et souligner que la vraie valeur n’intervient que lorsque qu’elle débouche sur des mesures concrètes.
Le Dr Namukolo Covic, représentante du directeur général de l’ILRI en Éthiopie, coordinatrice nationale du CGIAR en Éthiopie et nouvelle directrice du bureau de liaison de l’ILRI pour l’Afrique
Le Dr Namukolo Covic, qui contribuait au dialogue technique a souligné que la prospective devrait être pleinement intégrée dans les processus d’élaboration des politiques et d’investissement au lieu d’être perçue comme une activité parallèle. « La prospective n’est pas une charge de travail, c’est une capacité supplémentaire qui nous aide à mettre en œuvre plus efficacement le FSRP et le PDDAA » a-t-elle indiqué. Elle a souligné que l’analyse prospective permettait aux décideurs de comprendre les concessions proposées et d’accélérer les progrès vers la sécurité alimentaire et l’équité. Elle a ajouté : « Il nous faut nous demander si la croissance de la production à elle seule suffit, ou si tout le monde a véritablement accès à une nourriture suffisante et nutritive. »
Les discussions ont également mis en évidence que l’Afrique disposait d’instruments politiques solides et tournés vers l’avenir, mais éprouvait des difficultés à les mettre en œuvre et à les coordonner. Le Dr Godfrey Bahigwa, ancien directeur de l’agriculture et du développement rural à la CUA, a fait observer que la prospective favorisait de meilleurs choix au niveau national, fondés sur les avantages comparatifs. « L’objectif de la prospective est d’aider les pays à faire des choix en connaissance de cause, à déterminer les systèmes alimentaires à privilégier et à renforcer leur résilience » a-t-il indiqué en citant des exemples tels que la production de viande au Kenya et les chaînes de valeur des fruits en Éthiopie. Il a également cité le CCARDESA et l’IGAD comme des instruments par lesquels la Banque mondiale a été chargée de mettre en œuvre le FSRP.
Les considérations climatiques et environnementales ont figuré au premier plan des débats lors des consultations. Plusieurs intervenants étaient d’avis que l’absence d’harmonisation avec les frontières planétaires aggraverait les risques climatiques et écologiques. Un panéliste a fait observer : « Si nous ne préservons pas nos systèmes alimentaires dans les limites planétaires, nous nous exposerons à des défis climatiques encore plus importants ». Il a également souligné la nécessité d’une innovation axée sur la prospective, et le cas échéant, d’approches disruptives pour transformer les systèmes alimentaires.
Table ronde
Une table ronde de haut niveau, à laquelle ont participé Julius Gatune, Olugbenga Adesida, Geci Karuki-Sebina et Wangeci Gitata-Kiriga, a souligné que la prospective était une compétence systémique qui allait au-delà de la prévision. Les panélistes ont souligné que la prospective nécessitait un changement de mentalité, une réflexion systémique et des capacités institutionnelles pour naviguer la complexité. « La prospective ne consiste pas seulement à prédire l’avenir ; il s’agit de renforcer la capacité à penser différemment et à agir dans l’incertitude » a fait remarquer un panéliste. Les points de vue des jeunes et des membres de diverses générations ont également été mis en évidence et des approches fondées sur la participation et l’anticipation qui prennent en compte les besoins des futures générations ont été préconisées.
À l’issue des consultations, les participants se sont entendus sur une série de résultats concrets visant à ancrer la prospective dans les systèmes de gouvernance agroalimentaire en Afrique qui reposent sur la consolidation de la gestion des connaissances et des processus d’intégration des politiques. Les délégués ont, par le biais de groupes de travail thématiques sur les systèmes d’alerte précoce et d’analyse, la gouvernance anticipatoire, l’harmonisation de la recherche et la cartographie des capacités, l’intégration des politiques et l’appropriation des connaissances et la gouvernance de la prospective inclusive et sensible au genre, produit des résultats concrets, notamment des projets de cadres continentaux de la prospective, des modèles d’orientation politique, des matrices du degré de préparation institutionnelle, des schémas de gouvernance et une feuille de route par étapes en vue de l’intégration de la prospective dans les processus de planification, de budgétisation, de suivi et de reddition des comptes au niveau de l’Union africaine, des communautés économiques régionales et au niveau national.
Une attention particulière a été accordée aux systèmes robustes de gestion des connaissances en vue de s’assurer que les données prospectives sont systématiquement recueillies, traduites, communiquées et réutilisées par le biais de notes d’orientation, de tableaux de bord, de plateformes d’apprentissage et de communautés de pratique, ce qui permet de renforcer leur adoption par les décideurs et les praticiens. Les participants ont également mis en évidence l’intégration des systèmes de connaissance, des mécanismes communautaires d’alerte précoce, les voix des femmes et des jeunes en vue de s’assurer que les approches prospectives sont axées sur la population et adaptées au contexte. Les consultations ont abouti à une feuille de route continentale pratique, alignée sur le Programme de résilience du système alimentaire, la Déclaration de Kampala sur le PDDAA et l’Agenda 2063, qui permet de renforcer les capacités de prévision et d’analyse, de réduire le délai entre l’alerte précoce et la réponse, de garantir que la prospective éclaire de manière significative les choix stratégiques, les décisions d’investissement et les efforts de renforcement de la résilience à long terme des systèmes agroalimentaires africains.
Le Dr Abdulrazak Ibrahim, chef de file du groupe sectoriel des capacités institutionnelles et de la prospective, FARA
Le Dr Abdulrazak Ibrahim, chef de file du groupe sectoriel des capacités institutionnelles et de la prospective au FARA, a ensuite présenté les principaux résultats attendus des consultations et les voies de mise en œuvre proposées. Il a souligné que ces résultats étaient censés mener à une transformation pratique et à la résilience à long terme des systèmes agroalimentaires africains.
Mme Beatrice Egulu, Spécialiste des politiques, ARBE-CUA
Dans ses remarques de clôture, Mme Beatrice Egulu a remercié tous les délégués pour leur engagement et leur participation active et les a invités à maintenir cette participation au-delà des consultations dans le but de promouvoir l’apprentissage mutuel continu et l’échange permanent de connaissances entre les institutions et les pays. Elle a souligné qu’une collaboration durable sera essentielle pour traduire les perspectives dans les faits.
Dans l’ensemble, les consultations africaines sur la prospective au niveau continental ont permis de réaffirmer une volonté commune d’institutionnaliser la prospective aux niveaux continental, régional et national. Les participants étaient d’avis que les résultats de la réunion de Nairobi, notamment les projets de cadre, les modèles de gouvernance et la feuille de route continentale, permettront de renforcer la capacité de l’Afrique à anticiper les changements, à gérer les chocs et à mettre en place des systèmes agroalimentaires résilients, inclusifs et durables pour les générations actuelles et futures.
Le Dr Bridget Kakuwa est responsable de la communication, de l’information et de la gestion des connaissances au Centre de coordination de la recherche et du développement agricoles pour l’Afrique australe (CCARDESA)
M. Benjamin Abugri est spécialiste principal en gestion des connaissances, en numérisation et en apprentissage au Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA)
M. Molalet Tsedeke est chargé des relations avec les médias et responsable du centre des médias à la Direction de l’information et de la communication de la Commission de l’Union africaine




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