Par Bridget Kakuwa et Benjamin Abugri
Des organisations continentales et régionales de recherche, d’éducation et de vulgarisation, des partenaires de développement, des décideurs et des acteurs du secteur agricole de toute l’Afrique se sont réunis du 21 au 23 décembre 2025 à Kampala, en Ouganda dans le cadre d’un atelier multipartite de haut niveau sur le renforcement de la recherche, de l’éducation, de la vulgarisation et du développement (R-E-D en anglais). La réunion qui s’inscrivait dans le cadre du Programme de résilience des systèmes alimentaires (FSRP) financé par la Banque mondiale, était organisée par la Commission de l’Union africaine (CUA).
Lors de l’ouverture de l’atelier, le Dr Lilian Lihasi, directrice exécutive du Forum africain pour les services de conseil agricole (AFAAS), a souligné l’urgence d’une action collective pour transformer les systèmes alimentaires africains. Elle a précisé que l’atelier fournissait une plateforme multipartite unique pour le partage des connaissances, le dialogue et la résolution conjointe des problèmes. Elle a en outre fait observer qu’une collaboration entre les acteurs continentaux, régionaux et nationaux était essentielle pour apporter le changement dont l’Afrique a urgemment besoin.
Le Dr Aggrey Agumya a, au nom du programme PDDAA-XP4, évoqué le défi permanent pour l’Afrique de traduire ses engagements en actes et fait observer que près de 93 pour cent des déclarations continentales restaient sans suite. Il a expliqué que l’Union africaine avait décidé de changer cette trajectoire en s’assurant que les futures déclarations sont fondées sur des objectifs réalistes. Il a en outre affirmé que le PDDAA-XP4 représentait une évolution progressive vers une mise en œuvre axée sur les résultats et a souligné que le déploiement efficace de la science, de la technologie et de l’innovation était une condition préalable à la réalisation des objectifs du FSRP. Le Dr Agumya a également souligné le rôle que jouait le PDDAA-XP4 dans le renforcement de la recherche agricole pour le développement grâce à une collaboration institutionnelle renforcée et à la mise en place des Institutions africaines de recherche, d’innovation et d’enseignement agricoles (AARIEI en anglais). Il a toutefois précisé que les systèmes de connaissances ne suffisaient pas à eux seuls à stimuler la transformation à grande échelle et a souligné la nécessité de travailler en étroite collaboration avec les agriculteurs, les universités, les services de vulgarisation, les établissements d’enseignement et le secteur privé pour transformer la recherche en solutions pratiques. Il a félicité la CUA d’avoir convoqué la réunion et exhorté les partenaires du XP4 à s’aligner de manière plus délibérée sur le FSRP. Il a également remercié l’AFAAS et l’ASARECA d’avoir organisé la réunion.
Le Dr Sylvester Dickson Baguma, directeur exécutif de l’ASARECA a rappelé le rôle essentiel que jouaient les organisations de recherche sous-régionales (OSR) qui sont les institutions les plus proches des pays et des communautés. Il a décrit les OSR comme étant des acteurs « modestes » qui intervenaient là où la mise en œuvre a lieu. De plus, il a souligné que le renforcement des partenariats entre la recherche, la vulgarisation et l’éducation était au cœur de la réalisation de l’Agenda 2063 et de la Déclaration de Kampala sur le PDDAA. Il a réaffirmé l’engagement de l’ASARECA à collaborer avec la CUA par l’intermédiaire des CER ainsi qu’avec d’autres OSR pour générer un impact mesurable. Il a en outre indiqué que les décisions prises aujourd’hui détermineront l’ampleur des progrès de l’Afrique.
- Kennedy Ayason, coordinateur du programme FRSP à la CUA a dans un discours liminaire prononcé au nom de S.E.M. Moses Vilakati, commissaire de la CUA souligné les fortes pressions exercées sur les systèmes alimentaires africains, y compris les conflits, le changement climatique, les sécheresses et les perturbations du marché. Il a également souligné les possibilités qu’offrait l’évolution rapide des technologies numériques. Il a en outre expliqué que le FSRP, un programme de trois milliards de dollars financé par la Banque mondiale et lancé en 2024 en Afrique australe, de l’Est et de l’Ouest, fournissait un cadre stratégique pour l’harmonisation des activités continentales, régionales et nationales.
- Ayason a présenté trois impératifs qui sous-tendaient l’approche du FSRP : reconnaître les organisations de recherche agricole (OSR) comme l’épine dorsale de la mise en œuvre, assurer le transfert des résultats de la recherche vers les agriculteurs et les systèmes de vulgarisation plutôt que de les laisser sur les étagères, et intégrer l’intelligence artificielle, les systèmes numériques interopérables et les plateformes de données modernes comme outils essentiels. Il a en outre expliqué que le FSRP était axé sur le renforcement de la résilience, la réduction des pertes après récolte, la recherche et le développement, l’intégration des marchés grâce à l’harmonisation des systèmes semenciers et du commerce et le renforcement des capacités liées au commerce, tout en appuyant une intégration continentale plus profonde et la mise en œuvre de la Déclaration de Kampala sur le PDDAA (jusqu’en 2035).
Lors des discussions plénières, Mme Beatrice Egulu de la CUA a demandé aux partenaires de l’AARIEI d’aller au-delà des discussions générales pour démontrer clairement ce qu’ils comptaient apporter à la mise en œuvre du FSRP et de la Déclaration de Kampala sur le PDDAA. Elle a souligné que la clarté des rôles, les démonstrations pratiques et la responsabilité étaient essentielles à la transformation des cadres continentaux en impacts nationaux et régionaux mesurables. Les participants ont exprimé des préoccupations franches concernant la visibilité, la coordination et la responsabilité, et ont demandé des cadres plus précis pour suivre qui fait quoi, où et avec quels résultats. Les directeurs exécutifs et représentants de RUFORUM, du FARA, de CCARDESA et du CORAF ont convenu de la nécessité de passer des approches fragmentées et axées sur les projets à des modèles cohérents basés sur des systèmes qui ont un impact durable.
Le Dr Majola Mabuza, coordinateur du FSRP pour l’Afrique australe, qui représentait le Directeur exécutif du CCARDESA a souligné la nécessité de passer d’un savoir fragmenté à des systèmes structurés et accessibles capables de soutenir le passage à l’échelle et la responsabilisation. Il a mis en évidence les efforts déployés en vue d’établir un catalogue continental des technologies numériques et des fiches d’évaluation standardisées pour suivre la performance, l’adoption et l’impact des technologies tout en soulignant que ces outils permettront de renforcer la prise de décision fondée sur des données probantes et la redevabilité mutuelle entre institutions. Le Dr Lilian Lihasi, directrice exécutive de l’AFAAS a exhorté les participants à se concentrer sur le renforcement des fonctions du système plutôt que sur des projets isolés. Elle a souligné qu’en l’absence de vulgarisation et de coordination efficaces, les politiques ne peuvent pas être mises en œuvre et étendues à grande échelle.
M Emmanuel Okalany de RUFORUM a demandé la mise en place d’un cadre structuré qui définit les responsabilités et assure l’alignement des mandats institutionnels. Il a réaffirmé la détermination de RUFORUM à s’assurer que la recherche menée par les étudiants réponde aux priorités continentales. Il a également réitéré l’importance de la responsabilité envers l’Union africaine ainsi que de la formation à l’entrepreneuriat dans le but de traduire la recherche en solutions agro-industrielles. Le Dr Caroline Sobgui, spécialiste principale de la mise à l’échelle des technologies au CORAF a souligné la nécessité de s’éloigner des approches cloisonnées et d’intégrer pleinement les réalisations du PDDAA dans le FSRP pour assurer la continuité et la mise à l’échelle. M. Paul Ochuna du Conseil céréalier d’Afrique de l’Est (EAGC en anglais), a quant à lui souligné l’importance des plateformes d’information harmonisées, des partenariats à grande échelle et des plateformes axées sur le marché telles que les salons de l’agroalimentaire, pour mettre en relation les chercheurs, les entreprises semencières et les agriculteurs et faciliter les échanges commerciaux.
Une séance consacrée aux systèmes de connaissances et à la numérisation dans le cadre du PDDAA-XP4 a permis de présenter les plateformes et les outils utilisés par le FARA, l’ASARECA, le CCARDESA, le CORAF et l’AFAAS, en mettant l’accent sur les services de conseil numériques, les plateformes de connaissances interopérables, les communautés de pratique et les systèmes d’apprentissage virtuels. Les participants ont souligné la nécessité de considérer la numérisation et la gestion des connaissances comme des fonctions essentielles du système soutenues par des normes communes et une gouvernance forte pour garantir une intégration sans heurt dans la mise en œuvre du FRSP. M. Anselme Vodounhessi, coordinateur du Programme relatif à la création de parcs agricoles africains communs (PAAC) et spécialiste en suivi et évaluation du FARA a présenté le programme AfricAgriTradeLink, examiné la mobilisation des ressources et les stratégies d’investissement et identifié les infrastructures de référence et les possibilités de partenariat public-privé pour appuyer les initiatives R-E-D au-delà des cycles du projet.
L’atelier s’est terminé par la présentation des principaux résultats et l’approbation du Communiqué R-E-D destiné à l’Union africaine. Les participants ont réaffirmé leur engagement collectif en faveur de la transparence, de la responsabilité et d’une action coordonnée. Ils ont en outre convenu que la transformation agricole de l’Affrique reposera sur des systèmes intégrés capables de relier la recherche, la vulgarisation, l’enseignement, les marchés, les politiques et les agriculteurs.




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