Auteurs : Bridget Kakuwa [1]et Benjamin Abugri[2]
Un besoin pressant d’échange systématique de connaissances entre le CGIAR et les institutions régionales de recherche africaines a contribué à la création de l’Alliance Ukama Ustawi pour l’apprentissage (UULA), un partenariat dynamique destiné à combler le fossé entre les résultats de la recherche et l’application sur le terrain. Cette initiative ambitieuse a occupé le devant de la scène lors d’une récente Foire aux savoirs tenue les 10 et 11 décembre 2024 au campus de l’ILRI à Addis-Abeba où diverses parties prenantes s’étaient rassemblées pour co-créer des solutions pratiques et renforcer les systèmes agroalimentaires en Afrique.
L’UULA s’inscrit dans le cadre de gestion des connaissances du CGIAR-PDDAA-XP4 et vise à améliorer les flux d’informations entre les systèmes nationaux de recherche agricole (SNRA), les vulgarisateurs, les agriculteurs et les décideurs politiques. En s’assurant que la recherche est non seulement accessible mais également applicable, l’Alliance pour l’apprentissage a pour ambition de transformer des données théoriques riches, mais souvent sous-utilisées, en résultats tangibles pour relever les défis de l’agriculture en Afrique.
La Foire aux savoirs visait à mettre en lumière les innovations agricoles introduites en Éthiopie par le CGIAR et ses partenaires au cours des trois dernières années, à constituer un portefeuille ciblé de solutions adaptées aux conditions agroalimentaires spécifiques de l’Éthiopie, et à renforcer les partenariats entre les parties prenantes au fur et à mesure que le programme de recherche prend forme. Ces objectifs soulignent l’importance d’un engagement à plusieurs niveaux, des SNRA aux services de vulgarisation et des décideurs locaux aux autorités régionales. Dans le cadre de l’Alliance pour l’apprentissage, des partenaires tels que le CCARDESA, l’ASARECA, le CORAF, l’AFAAS et le FARA ont démontré comment des efforts intégrés pouvaient stimuler l’innovation, accroître la résilience et promouvoir le développement durable.
« L’Ukama Ustawi a contribué à mettre en relation le CGIAR avec le réseau du PDDAA-XP4, y compris l’AFAAS, l’ASARECA et d’autres partenaires régionaux » a affirmé le Dr Namukolo Covic, un responsable du CGIAR qui participe activement à l’Alliance pour l’apprentissage. « L’Alliance pour l’apprentissage constitue un réseau permettant d’améliorer la gestion des connaissances et de veiller à ce que les précieuses recherches soient pratiques et utilisables. Cette approche permet de s’assurer que les informations agricoles se traduisent par des interventions qui profitent directement aux communautés. »
Le Dr Covic a également félicité M. Abugri pour le prix qu’il a récemment reçu : « Je voudrais féliciter Benjamin pour avoir remporté le Prix international de la gestion des connaissances 2024, décerné à une organisation internationale ainsi qu’à une personnalité exceptionnelle par un jury constitué sous l’égide de l’Association pour la gestion des connaissances–Autriche. Il représente l’essence même de l’acquisition et du partage du savoir. »
- Benjamin Abugiri, spécialiste de la gestion des connaissances au FARA, qui a officiellement ouvert la réunion a, au nom du Consortium du PDDAA-XP4, souligné l’importance accordée aux agriculteurs en tant que principaux moteurs de la transformation de l’agriculture. Il a mis en lumière l’adoption de l’agriculture intelligente face au climat (AIC), la promotion d’une collaboration inclusive et l’utilisation de plateformes telles que les Dgroup pour partager les connaissances. Il a également souligné les liens étroits avec le CGIAR, des événements tels que le MITA pour l’échange de connaissances et l’alignement sur la déclaration de Malabo sur le PDDAA de l’Union africaine et l’Initiative en faveur des sols pour assurer la sécurité alimentaire et la durabilité.
Mme Nora Hanke-Louw, directrice adjointe du bureau de l’IWMI en Afrique du Sud, a présenté l’initiative Ukama Ustawi (UU) et donné un aperçu de son impact. Elle a également mis en lumière les précédentes foires aux savoirs qui se sont tenues en Afrique australe et montré la portée régionale de l’iniative UU et son engagement à promouvoir des pratiques agricoles durables.
Quoique de nombreuses recherches en agriculture aient été menées sur le continent, une grande partie est cantonnée aux revues scientifiques. C’est la raison pour laquelle, la Foire aux savoirs a offert un espace de dialogue permettant aux parties prenantes de discuter et d’affiner les innovations qui répondent aux enjeux uniques de l’agroalimentaire en Éthiopie. Les participants ont collaboré à la constitution d’un portefeuille de solutions fondées sur des données probantes et adaptées au contexte qui s’appuient sur les connaissances locales et tiennent compte de l’avis des agriculteurs. La foire aux savoirs a présenté des technologies innovantes notamment dans le domaine de l’alimentation du bétail, de la sélection des semences, de l’équipement et des machines agricoles respectueux du climat, des innovations dans le domaine du renforcement des capacités pour atteindre les femmes, les jeunes et le secteur privé, des innovations sexospécifiques sur les petits ruminants tels que les chèvres en Éthiopie, une application GeoFarmer qui permet de mesurer le pH du sol pour les agriculteurs, des technologies solaires qui peuvent être achetées auprès d’une coopérative ou par l’intermédiaire d’une banque.
Outre des experts de haut niveau, des représentants des ministères, du secteur privé et d’organisations paysannes ont participé aux tables rondes de la Foire aux savoirs. M. Elias Awol, directeur général du développement de l’irrigation à l’intention des petits exploitants au ministère de l’Agriculture, a souligné l’engagement de l’Éthiopie à adapter les solutions permettant aux petits exploitants d’adopter de nouvelles technologies et pratiques agricoles. Les discussions ont également porté sur des questions telles que l’entretien des panneaux solaires pour l’irrigation et l’intégration des questions de grenre car les femmes fournissent souvent une grande part de la main-d’œuvre agricole, mais ont des difficultés à accéder aux ressources et font face à des obstacles à la prise de décision.
À la fin de l’événement, Michael Victor, responsable de la communication, du plaidoyer et de la gestion des connaissances à l’ILRI, a animé des discussions sur l’avenir et la manière de relier les initiatives actuelles au programme scientifique intitulé « Scaling for Impact » (Mise à l’échelle des interventions pour un impact) pour assurer leur durabilité à long terme et des avantages concrets.
- Michael Victor, responsable de la communication, du plaidoyer et de la gestion des connaissances a dirigé une table ronde examinant les principales stratégies pour mettre à l’échelle des programmes scientifiques percutants. Les participants se sont penchés sur des questions essentielles, y compris les éléments nécessaires pour améliorer l’impact ; la manière dont le CGIAR peut mobiliser les partenaires en vue d’évaluer les demandes d’innovation au niveau national, les voies d’adaption des innovations dans l’espace CCARDESA, et une demande directe au CGIAR. Les discussions ont souligné l’importance de la collaboration, des mécanismes solides et des pistes stratégiques devant permettre d’améliorer les systèmes alimentaires et de développer des solutions durables.
Le Pr Niéyidouba Lamien, coordinateur des programmes au CORAF, a souligné l’importance accordée par la région à la durabilité et à l’innovation. « Nous nous consacrons à des initiatives qui appuient les agriculteurs en utilisant une approche fondée sur la plateforme d’innovation et nous adoptons des méthodes telles que le TAAT (Technologies pour la transformation de l’agriculture en Afrique) pour assurer la résilience actuelle et future », a-t-il rappelé.
« Le principe de subsidiarité, de mise à l’échelle et d’atteinte du dernier kilomètre, l’agriculteur, guide nos travaux » a affirmé Mme Bridget Kakuwa-Kasongamulilo lors de son intervention. « Nous nous concentrons sur les agriculteurs parce qu’ils sont indispensables. Les technologies de pointe ne suffisent pas ; encore faut-il veiller à ce que ces innovations soient effectivement adoptées, intégrées dans les politiques et alignées sur les initiatives de l’Union africaine, y compris la déclaration de Malabo sur le PDDAA, afin de garantir la sécurité alimentaire et la durabilité ». Elle a invité le CGIAR à utiliser le réseau des OSR comme point d’entrée dans les États membres puisque l’Union africaine et les communautés économiques régionales (CER) leur donnent mandat de coordonner la recherche agricole au niveau régional.
L’Alliance Ukama Ustawi pour l’apprentissage envisage de continuer à favoriser le dialogue, à intégrer les connaissances locales et autochtones et à promouvoir les transferts de technologies éprouvées vers les communautés qui en ont le plus besoin. En tirant parti de l’esprit de collaboration, des connaissances et des ressources, l’Alliance et ses partenaires jettent les bases d’un système agroalimentaire africain robuste, équitable et résistant au changement climatique.
Pour les agriculteurs dont les moyens de subsistance dépendent d’informations opportunes, précises et adaptées au contexte, et pour les institutions de recherche qui cherchent à avoir un impact au-delà du laboratoire, l’UULA et des événements tels que la Foire aux savoirs laissent espérer que les connaissances peuvent et seront mises en pratique.
Mme Bridget Kakuwa est spécialiste de l’information, de la communication et de la gestion des connaissances au Centre de coordination de la recherche et du développement agricoles de l’Afrique australe (CCARDESA).
M Benjamin Abugri est spécialiste principal de la gestion des connaissances, de la numérisation et de l’appentissage au Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA).




Leave A Comment