Wole Fatunbi représente le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), l’ambassadeur régional pour l’Afrique du Consortium international de recherche (CIR) sur le carbone du sol. La santé des sols est un véritable défi pour la sécurité alimentaire en Afrique et pour la lutte contre le changement climatique.

Comment les sols en Afrique se comparent-ils aux sols du monde ?

Les sols de l’Afrique sont à la fois uniques et fragiles. Ils sont âgés et ont une longue histoire de transformation.  La faible teneur en minéraux et la faible profondeur contribuent à réduire les niveaux de matière organique. Les minéraux argileux présents dans ces sols sont la plupart à faible activité ce qui réduit encore davantage leur fertilité.

 

Malgré ces défis, les sols d’Afrique peuvent être productifs. Toutefois, ils nécessitent des pratiques de gestion prudente. De nombreuses techniques agricoles utilisées dans d’autres régions, notamment le labourage mécanisé, sont souvent inadaptées aux sols d’Afrique. De telles pratiques peuvent perturber l’équilibre délicat entre nutriments et matières organiques et exacerber les problèmes liés aux sols. En outre, les fortes précipitations peuvent emporter les matières organiques déjà rares et dégrader encore davantage la qualité des sols.

 

La santé des sols en Afrique joue également un rôle crucial dans les fonctions écologiques telles que la séquestration du carbone, qui est essentielle pour lutter contre le changement climatique. Lorsque les sols sont mal gérés, ils perdent leur capacité à stocker le carbone ce qui peut exacerber l’impact des changements climatiques tout en réduisant la productivité agricole. Cela crée un cycle qui menace la sécurité alimentaire ainsi que la durabilité environnementale.

 

Quelles sont les recherches menées par le FARA en Afrique en matière de biodiversité des sols et de gestion durable ?

La préservation de la biodiversité des sols est l’un des principaux défis auxquels l’Afrique est confrontée, car elle est essentielle au maintien d’écosystèmes sains. Les sols forestiers, par exemple, ont au fil des siècles permis de créer des microclimats abritant divers microorganismes et une faune et une flore variées. Lorsque ces sols sont utilisés à des fins agricoles ou pour le développement urbain, cet équilibre est rompu, ce qui entraîne leur dégradation.

 

La perte de la diversité microbienne constitue un risque important. Sans vie microbienne adéquate, la matière organique ne peut se décomposer efficacement et les nutriments ne peuvent être recyclés correctement dans le sol. C’est la raison pour laquelle l’Afrique s’intéresse de plus en plus aux biofertilisants. Ils soutiennent les populations microbiennes et permettent d’améliorer la fertilité des sols en favorisant la gestion cyclique des nutriments, parallèlement aux engrais minéraux traditionnels.

 

Une autre solution innovante à l’étude est l’utilisation du biochar, un matériau riche en carbone qui peut améliorer la rétention de l’humidité et de la fertilité des sols. Bien que le biochar ne contienne pas en lui-même des nutriments, il peut permettre d’améliorer considérablement l’efficacité des amendements organiques et minéraux, ce qui en fait un outil important dans les pratiques de gestion durable des sols.

 

Il est important de corriger la perception erronée que l’Afrique devrait éviter complètement l’utilisation des engrais. Bien que les engrais soient stigmatisés, le FARA s’emploie activement à rechercher des solutions biologiques telles que le biochar pour proposer des solutions scientifiques. En coordination avec la Commission de l’Union africaine, le FARA a pour rôle de fournir une recherche fondée sur des données probantes qui peut orienter l’élaboration des politiques et informer l’opinion publique pour assurer la sécurité alimentaire et améliorer les moyens d’existence sur le continent.

 

Quel est le rôle de l’ambassadeur régional pour l’Afrique et comment participe-t-il au Consortium international de recherche (CIR) sur le carbone du sol ?

Le projet ORCaSa est important pour l’Afrique, notamment en ce qui concerne la gestion du carbone du sol. Le FARA, en sa qualité d’ambassadeur régional pour l’Afrique, s’emploie à garantir que les parties prenantes africaines participent activement au CIR sur le carbone [plus de 34 signataires de 18 pays africains ont manifesté leur intérêt à rejoindre le CIR]. Bien que le CIR en soit encore à ses débuts, il suscite un vif intérêt de la part des parties prenantes. Un grand nombre d’entre elles désirent y participer et apporter leur contribution mais pour maintenir cet intérêt, il convient d’avoir des activités permanentes qui démontrent qu’il existe des avantages clairs. Il ne suffit pas de former une alliance ; les parties prenantes africaines ont besoin de preuves tangibles de l’impact positif de leur participation sur leurs activités.

 

L’un de nos principaux objectifs est de lier les activités du CIR sur le carbone du sol aux cadres existants sur le continent tels que l’Initiative en faveur des sols de l’Union africaine et le plan d’action décennal sur les engrais et la santé des sols. Ces cadres à long terme sont indispensables pour permettre au CIR de demeurer actif et d’avoir un impact au-delà de la durée du projet ORCaSa qui doit s’achever en 2025.

Quels sont les objectifs et les principales étapes du CRI sur le carbone du sol en Afrique ?

Nous désirons accorder la priorité à l’engagement stratégique. En donnant aux parties prenantes la possibilité de présenter la recherche, de publier les conclusions des travaux et de collaborer à des projets, nous voulons favoriser la motivation et assurer une participation continue au CRI sur le carbone du sol.

 

Nous nous efforçons de forger des partenariats entre les chercheurs africains et leurs homologues d’autres régions. Ces échanges de connaissances et de ressources sont très appréciés. J’espère qu’ils permettront de renforcer le CIR sur le carbone du sol et d’être plus efficace face aux défis à relever en matière de santé des sols en Afrique.

 

Quel intérêt a le FARA à participer au CIR sur le carbone du sol et au projet ORCaSa ?

Le projet ORCaSa est aligné étroitement sur les objectifs plus larges de l’Afrique visant à améliorer la santé des sols et la productivité agricole. Il offre une occasion précieuse d’élargir les partenariats, de partager des connaissances et d’apprendre d’autres régions. L’un des principaux avantages pour l’Afrique est la possibilité de communiquer ses défis et ses besoins spécifiques à un vaste public.  Nous espérons que cette visibilité favorisera un accès accru aux ressources telles qu’un financement du Fonds vert pour le climatqui reste sous-estimé par les pays africains.

 

À travers à sa participation au CIR sur le carbone du sol, le FARA vise à faire entendre la voix de l’Afrique dans les discussions internationales autour de la santé des sols et le changement climatique. En partageant des informations sur les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs et les écosystèmes africains, nous espérons plaider en faveur d’interventions ciblées qui permettent de résoudre ces problèmes efficacement.

 

En collaborant avec les parties prenantes et partenaires internationaux, nous souhaitons nous assurer que les besoins spécifiques de l’Afrique sont reconnus et pris en compte dans le discours mondial sur la santé des sols et la durabilité de l’agriculture. L’objectif est de favoriser des solutions pratiques qui permettront d’améliorer la gestion des sols et de l’agriculture et contribuer en fin de compte à l’amélioration des moyens de subsistance de millions de personnes sur le continent.

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