Renforcer les systèmes semenciers africains : l’Union africaine préconise l’harmonisation des systèmes et la coopération Sud-Sud lors de la Semaine scientifique du CGIAR

Par Benjamin Abugri, spécialiste de la gestion des connaissances, FARA

11 avril 2025 – Lors de l’évènement parallèle intitulé « Breeding for Tomorrow : Inclusive Delivery », organisé en marge de la Semaine scientifique du CGIAR qui s’est achevée récemment, Mme Beatrice Egulu de la Commission de l’Union africaine (CUA) a prononcé un discours convaincant plaidant en faveur d’une intégration continentale plus poussée et pour l’innovation dans les systèmes semenciers afin de garantir un accès équitable et un impact régional. La table ronde de haut niveau, qui s’est tenue au bureau des Nations unies à Nairobi, a réuni les principaux acteurs du secteur agricole africain autour du thème « Inclusive delivery », un cadre stratégique visant à transformer les programmes de sélection afin d’en accroître la portée, l’adoption et l’impact sur les agriculteurs.

Libérer le potentiel de l’harmonisation régionale

Mme Egulu a souligné la disparité entre les cadres régionaux prometteurs, tels que le Catalogue de variétés du COMESA, la règlementation semencière de la CEDEAO et le  Système harmonisé de règlementation des semences de la SADC, et leur mise en œuvre effective. Malgré les protocoles de reconnaissance mutuelle, de nombreux pays africains continuent d’imposer des essais variétaux redondants, des lois nationales obsolètes et des capacités réglementaires limitées, ce qui entrave l’accès aux variétés améliorées.

Pour relever ces défis, la Commission de l’Union africaine propose :

  • Un accord continental de reconnaissance mutuelle dans le cadre de la ZLECAf (https://au-afcfta.org/) afin d’accélérer l’homologation et la certification des variétés.
  • Le cofinancement des infrastructures numériques pour le partage en temps réel de données diverses et de renseignements concernant la certification.
  • La mise en place d’un mécanisme d’harmonisation basé sur la confiance, coordonné avec les communautés économiques régionales (CER) et les partenaires de développement.

« L’harmonisation ne doit pas rester lettre morte » a souligné Mme Egulu.  « Elle doit servir de moteur d’intégration, d’innovation et d’autonomisation des agriculteurs. »

La coopération Sud-Sud : une stratégie de passage à grande échelle

Abordant l’importance de la coopération Sud-Sud, Mme Egulu l’a décrite comme une pierre angulaire de la démocratisation de l’innovation agricole en Afrique. Elle a noté que la coopération Sud-Sud facilitait l’échange de technologies et des meilleures pratiques institutionnelles, qu’il s’agisse des systèmes de traçabilité des semences d’Afrique de l’Est inspirés de l’Asie ou des modèles de sélection participative adaptés à toutes les régions africaines.

Afin d’institutionnaliser ces acquis, elle a plaidé pour :

  • L’intégration de la coopération Sud-Sud dans le programme africain de semence et de biotechnologie (PASB) et le cadre de la Déclaration de Kampala sur le PDDAA.
  • L’utilisation de la coopération triangulaire pour mobiliser un soutien financier et technique.
  • L’intégration de la coopération Sud-Sud dans des cadres élargis tels que le STISA-2024 et la stratégie agro-industrielle de l’Afrique.

« La coopération Sud-Sud n’est pas seulement un outil » a-t-elle indiqué. « C’est une voie vers la souveraineté partagée et la résilience des systèmes semenciers. »

La voie à suivre : Des systèmes de distribution, pas seulement de la science

Pour conclure, Mme Egulu a tenu à souligner qu’une sélection efficace ne se limitait pas à la mise au point de variétés supérieures mais dépendait des systèmes qui les fournissaient. Il est indispensable de combler les lacunes d’ordre politique, de renforcer les NARES, de favoriser l’interopérabilité numérique et de multiplier les partenariats par le biais de la coopération Sud-Sud pour permettre aux agriculteurs africains de tirer parti de l’innovation scientifique.

Son allocution fait écho à la vision fondamentale de la session intitulée « « Inclusive Delivery, » qui s’aligne sur la mission du CGIAR consistant à s’assurer que les innovations agricoles sont évolutives, équitables et intégrées à l’échelle régionale.

 

 

 

À propos de Mme Beatrice Egulu

Mme Beatrice Egulu est administratrice chargée des politiques au Département de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable (DARBE) à la Commission de l’Union africaine (CUA)). Elle possède une vaste expérience des politiques agricoles, de la création de systèmes semenciers et des cadres d’intégration régionale. Elle joue également un rôle clé dans la promotion du programme stratégique de transformation des systèmes alimentaires. Mme Egulu encourage l’alignement de la science, de la gouvernance et des partenariats, notamment par le biais du Programme africain de semence et de biotechnologie et à travers la mise en œuvre du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA).

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