Par Benjamin Abugri et Bridget Kakuwa
Les consultations africaines sur la prospective au niveau continental pour des systèmes agroalimentaires résilients ont été ouvertes aujourd’hui à Nairobi dans une atmosphère d’optimisme, d’urgence et de responsabilité partagée. L’atelier, qui était organisée par la Commission de l’Union africaine (CUA-DARBE) en partenariat avec le FARA, le CGIAR/ILRI, l’ADUA-NEPAD et un vaste réseau de partenaires en Afrique et au Royaume Uni, marque le début d’un voyage de trois jours visant à définir la manière dont l’Afrique anticipe, se prépare et relève de manière stratégique les nouveaux défis auxquels sont confrontés ses systèmes agroalimentaires. Les consultations s’appuient sur les bases solides jetées par la Déclaration de Kampala sur le PDDAA (2025) qui préconise des approches d’anticipation fondées sur des données probantes pour concrétiser les engagements pris à l’échelle continentale, notamment l’augmentation de la production alimentaire, le renforcement de la résilience, l’égalité des sexes et l’intégration inclusive des marchés. Comme l’indique la note conceptuelle, les systèmes agroalimentaires africains sont de plus en plus menacés par les effets des changements climatiques, la pression démographique, les perturbations du marché et les chocs transfrontaliers. La prospective est donc indispensable pour la gouvernance, la planification et les investissements à long terme.
Mme Beatrice Egulu, Spécialiste des politiques, ARBE-CUA
Pour planter le décor des processus de concertation, Mme Beatrice Egulu du département de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable de la Commission de l’Union africaine (ARBE-CUA) a rappelé aux participants que la prospective n’était pas seulement un exercice technique, mais une nécessité stratégique pour la réalisation du programme de résilience en Afrique. Elle a souligné le rôle essentiel que joue la prospective dans le Programme de résilience des systèmes alimentaires (FSRP en anglais) et dans la définition des futurs cycles de mise en œuvre du PDDAA. Son message a donné le ton de la réunion : la prospective doit être considérée comme une compétence fondamentale par les États membres, les communautés économiques régionales et les institutions continentales.
Le Dr Abdulrazak Ibrahim, chef de file du groupe sectoriel des capacités institutionnelles et de la prospective, FARA
Ce message a été renforcé par le Dr Abdulrazak Ibrahim du FARA, dont l’exposé liminaire a tracé l’évolution de la prospective en Afrique en s’appuyant sur plus d’une décennie d’efforts de renforcement des capacités, de développement méthodologique et d’émergence de pôles nationaux de prospective. Ses réflexions appréhendées en partie à travers des plateformes telles que l’Académie africaine prospective, ont montré le chemin parcouru par le continent et souligné le rôle de catalyseur que joue le FARA dans la mobilisation des experts, le renforcement des outils et la mise en relation des praticiens de la prospective en Afrique. Son exposé a rappelé aux participants que le continent est désormais prêt à consolider ces expériences dans le cadre d’une architecture unifiée de la prospective, dirigée par la CUA et en parfaite adéquation avec les objectifs définis dans l’Agenda 2063.
Le Dr Namukolo Covic, Représentante du directeur général de l’ILRI en Éthiopie, coordinatrice nationale du CGIAR en Éthiopie et nouvelle directrice du bureau de liaison de l’ILRI pour l’Afrique
Le discours liminaire convaincant du Dr Namukolo Covic du CGIAR/ILRI a ajouté une dimension scientifique aux délibérations de la journée. Elle s’est appuyée sur les données récentes du rapport sur la nutrition mondiale et de l’analyse des systèmes alimentaires pour illustrer le fardeau multiple de la malnutrition, de l’augmentation des maladies liées à l’alimentation et de l’écart croissant en matière d’insécurité alimentaire sur le continent. Elle a expliqué que les programmes de transformation actuels en Afrique devaient prendre en compte les régimes alimentaires, les pressions environnementales, les systèmes de marché, les facteurs socio-culturels et la dynamique institutionnelle qui tous influencent l’impact de la nutrition et des systèmes alimentaires. Son message était clair : la prospective prédictive est essentielle pour réorienter les progrès, guider les investissements et accélérer la mise en œuvre des six engagements du PDDAA de Kampala. Elle s’est fait l’écho de l’appel à refuser le rythme actuel de progrès et à renforcer la capacité de l’Afrique à anticiper les chocs, à modéliser les scénarios et à élaborer des stratégies à long terme résilientes et inclusives.
La diversité des participants a enrichi l’atelier qui a réuni des experts en prospective de toute l’Afrique, des chercheurs d’institutions de premier plan, des spécialistes techniques du CGIAR, des praticiens de l’Académie africaine prospective, des décideurs et des partenaires pour le développement dont des équipes de l’université d’Oxford au Royaume Uni. Leur présence a souligné une ambition commune d’établir un écosystème africain de la prospective cohérent et collaboratif qui appuie la prise de décision tant au niveau continental que national.
Les participants ont tout au long de la journée examiné en profondeur le parcours prospectif de l’Afrique et réfléchi à ce que le continent avait appris jusqu’à présent. Des praticiens confirmés de la prospective, entre autres Julius Gatune, Olugbenga Adesida, Geci Karuki-Sebina, Wangeci Gitata-Kiriga et Godfrey Bahiigwa, ont réexaminé les étapes précédentes et présenté des exemples de réussite ainsi que les lacunes persistantes. Leurs réflexions ont renforcé l’idée que bien que l’Afrique possède de grandes compétences dans le domaine de la prospective, la prochaine étape consiste à mettre en place un cadre institutionnel et un cadre de gouvernance permanents pour coordonner les efforts entre les secteurs et les régions en appui à l’Agenda de l’Union africaine pour l’Afrique. Cela est conforme aux objectifs généraux de l’atelier, qui est structuré de manière à passer de la définition d’une vision à la co-conception technique et à l’élaboration d’une feuille de route.
La première journée s’est terminée par une séance de réflexion interactive en plénière au cours de laquelle les participants ont commencé à façonner le futur programme de prospective de l’Afrique. Ces débats très approfondis et axés vers l’avenir ont revêtu un caractère professionnel et reflétaient la conviction collective que le continent doit façonner son avenir de manière proactive plutôt que de réagir aux crises en cours.
Alors que le soleil se couchait sur le Upper Hill de Nairobi, il était évident que la première journée avait permis d’établir des assises solides basées sur un objectif commun, un alignement stratégique et un engagement renouvelé à construire un avenir résilient pour l’Afrique. Les travaux se poursuivront demain avec l’allocution d’ouverture officielle de S.E. le Commissaire Moses Vilakati suivie de séances de travail techniques avancées et des premiers résultats des groupes de travail thématiques. La dynamique est palpable et la communauté prospective de l’Afrique est prête à cocréer une feuille de route qui permettra de guider la transformation agroalimentaire pour les décennies à venir.
Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des travaux engagés dans le cadre du Projet d’appui aux organisations régionales et sous-régionales africaines pour la recherche et l’innovation agricoles, anciennement en charge du Pilier IV du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (Programme PDDAA-XP4 ), un consortium d’institutions de recherche agricole continentales et régionales comprenant le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), le Centre de coordination de la recherche et du développement agricoles pour l’Afrique australe (CCARDESA), le Conseil Ouest et Centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF), l’Association pour le renforcement de la recherche agricole en Afrique de l’Est et du Centre (ASARECA) et le Forum africain pour les services de conseil agricole (AFAAS).
Pour en savoir plus :
Visitez le site web de l’Académie africaine prospective : https://africaforesightacademy.com/
Rejoignez la communauté des praticiens de la prospective : https://faraafrica.community/fara-net/afa/join




Leave A Comment