Par ‘Wole Fatunbi (PhD)
Le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) a participé à la Conférence africaine sur la mécanisation agricole durable (ACSAM en anglais) organisée du 3 au 6 février 2026 par la FAO à l’hôtel Johari Rotana de Dar es Salaam, en République-Unie de Tanzanie. La conférence a été l’occasion de relancer une réflexion approfondie sur la voie à suivre pour la mécanisation de l’Afrique par le biais de politiques d’appui et du renforcement des capacités locales.
Au cours des deux dernières décennies, la mécanisation agricole en Afrique a connu une transformation irrégulière et inégale. D’un paysage dominé par les outils manuels et la traction animale, de nombreux pays africains ont progressivement intensifié l’utilisation de machines pour la préparation des sols, la plantation et la récolte ainsi que la transformation des produits agricoles. L’utilisation d’outils de pointe en robotique, de drones et de la télédétection tend à augmenter.
Cette croissance reflète une augmentation des contraintes de main-d’œuvre, l’urbanisation et l’urgente nécessité d’accroître la productivité et la résilience des systèmes alimentaires. Cependant, la mécanisation en Afrique aujourd’hui ne se résume plus à une simple question de puissance motrice ; il s’agit tout d’abord de la durabilité, de l’inclusivité et de l’alignement sur des paradigmes de production en évolution.
Une réflexion fondée sur des données probantes sur la mécanisation agricole fait partie intégrante des activités menées par le FARA au cours des deux dernières décennies. Grâce à des efforts coordonnés en matière de recherche, l’engagement politique et la mobilisation à l’échelle continentale, le FARA a contribué à repenser la mécanisation comme un défi d’innovation à l’échelle du système plutôt que comme un simple exercice de transfert de technologies. Cette vision a été portée en particulier par le Programme d’appui à la recherche pour l’innovation agricole (PARI), un projet de recherche de dix ans mené en partenariat avec ZEF, l’université de Bonn et des partenaires de 15 instituts nationaux de recherche agricole en Afrique. Le projet a permis d’acquérir des connaissances approfondies sur les trajectoires de mécanisation au sein de divers systèmes agricoles africains. Les travaux menés dans le cadre du PARI ont montré que les résultats de la mécanisation dépendaient autant des institutions, des modèles de service et du comportement des utilisateurs que des machines elles-mêmes.
Aujourd’hui, l’Afrique se trouve à un moment charnière. Le continent ne peut se permettre de déléguer la science de sa mécanisation à d’autres régions aux réalités agroécologiques, socioéconomiques et culturelles fondamentalement différentes. Bien que l’Afrique n’ait pas besoin de réinventer la roue, elle doit toutefois s’inspirer de manière sélective des expériences mondiales et mener une innovation délibérée dans des voies conformes à ses domaines de ressources naturelles, la taille de ses exploitations agricoles, la dynamique de sa main-d’œuvre et ses pratiques culturelles. La mécanisation durable en Afrique sera donc endogène dans ses fondements scientifiques et contextuelle dans ses applications.
La compatibilité avec l’évolution des approches de production est tout aussi importante. L’agriculture africaine s’oriente de plus en plus vers des approches basées sur la nature, telles que l’agroécologie, l’agriculture régénératrice, les pratiques adaptées au climat et la restauration de la santé des sols. La mécanisation doit évoluer en conséquence, en favorisant l’utilisation précise des intrants, une perturbation minimale des sols, la gestion des résidus et la diversification des systèmes de culture, plutôt que le renforcement des pratiques extractives ou responsables de la dégradation. Ce changement nécessite de repenser la conception des machines, les sources d’énergie et les échelles opérationnelles.
Le FARA a récemment plaidé en faveur de l’inclusion de la mécanisation du système des petits exploitants en Afrique comme pilier de l’Alliance sino-africaine pour l’innovation scientifique et technologique en agriculture (CAASTIA en anglais) un partenariat conjoint de recherche entre la Chine et l’Afrique.
L’avenir de la mécanisation repose sur les connaissances de pointe en matière scientifique et l’innovation numérique. La télédétection, l’intelligence artificielle, la robotique, les dispositifs aériens et terrestres sans pilote et les technologies de transformation intelligentes offrent des possibilités sans précédent pour surmonter les pénuries de main-d’œuvre, améliorer la prise de décision et réduire les tâches pénibles, surtout pour les femmes et les jeunes. L’intégration de ces technologies dans le contexte africain nécessitera de solides capacités de recherche, des tests adaptatifs et des écosystèmes d’innovation favorables.
Il convient également de résoudre les débats de longue date en se fondant sur des preuves plutôt que sur des idéologies. Les préoccupations concernant les équipements lourds et le compactage des sols africains restent valables dans certains contextes, mais un rejet catégorique s’avère inutile. De même, les tracteurs à deux roues pourraient être mieux adaptés à certains systèmes agricoles et modèles de services, mais des questions subsistent quant à leur capacité à soutenir l’ampleur de la production dont l’Afrique aura besoin pour répondre à la demande alimentaire, fourragère et industrielle. Ce sont des questions scientifiques qui nécessitent une recherche dirigée par l’Afrique et des expérimentations à long terme.
En fin de compte, la mécanisation agricole durable est un investissement stratégique pour l’avenir de l’Afrique. Elle nécessite un financement ciblé du renforcement des capacités scientifiques, techniques et d’innovation sur le continent. Le FARA, en collaboration avec ses partenaires, est bien placé pour diriger le volet science et innovation de ce programme en aidant l’Afrique à renforcer sa mécanisation agricole non pas par imitation, mais grâce à une conception éclairée, l’apprentissage et une invention ciblée.
Remarque : Wole Fatunbi est directeur par intérim de la recherche et de l’innovation au Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA). Les opinions exprimées dans le présent article sont celles de Wole Fatunbi et ne reflètent pas nécessairement les points de vue du FARA et de ses partenaires.




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