Par ‘Wole Fatunbi (PhD) 

Directeur par intérim de la recherche et de l’innovation, FARA

« L’univers est changement : notre vie est ce que nos pensées en font. » — Marc Aurèle

Cette citation évoquant une sagesse intemporelle est particulièrement appropriée pour la Journée mondiale des sols 2025 célébrée cette année sur le thème « Des sols pour des villes en bonne santé. » À mesure que les villes africaines s’étendent et évoluent, il est de plus en plus évident que leur viabilité dépend d’un élément fondamental souvent négligé : la santé des sols sous et autour de ces villes. Les sols sont des systèmes vivants qui fournissent des services écologiques essentiels, atténuent les effets des toxines atmosphériques, dégradent les déchets biotiques et abiotiques, purifient l’eau, recyclent les nutriments, stockent du carbone et régulent la température. En l’absence de sols sains, les environnements urbains perdent leur résilience et deviennent vulnérables aux inondations, à la pollution, à l’insécurité alimentaire et à l’effondrement de la biodiversité.    

La croissance urbaine en Afrique se produit dans des paysages déjà fortement dégradés. Les évaluations actuelles montrent que près de 65% des terres productives du continent sont dégradées, tandis qu’environ 45% sont menacées de désertification. Ces tendances affaiblissent la capacité des sols à régulariser le débit de l’eau, à contribuer au maintien de la végétation, de la fertilité, et à soutenir l’agriculture périurbaine qui nourrit des millions de personnes. Ce qui est encore plus préoccupant, c’est le rythme accéléré de ce déclin. Au cours des deux dernières décennies, la proportion de sols dégradés en Afrique subsaharienne a pratiquement doublé, passant de 7,1% à 14,5%, un rythme plus élevé que la moyenne mondiale, révélateur de pressions accrues sur les écosystèmes.  

La pollution urbaine complique davantage la situation. Les sols de nombreuses villes africaines servent désormais de puits pour les métaux lourds, les hydrocarbures, les microplastiques et les déchets industriels. Des études révèlent que les terres agricoles périurbaines autour de certaines villes africaines contiennent plusieurs métaux lourds qui dépassent les limites autorisées dans les sols destinés à la production alimentaire. Dans d’autres, les champs irrigués par des eaux usées présentent des concentrations de zinc qui dépassent les seuils fixés de l’OMS. Cette pollution menace directement la « vie sur terre », nuit à la santé des plantes, dégrade les écosystèmes microbiens et expose les populations urbaines, notamment celles qui dépendent des légumes cultivés en ville, à de graves risques pour la santé.

Ces échecs écologiques se traduisent par des pertes économiques importantes.  En Afrique, la dégradation des sols contribue à une perte annuelle estimée à 3 % du PIB agricole ce qui contribue à l’épuisement des ressources dont les pays ont urgemment besoin pour les infrastructures, l’adaptation au changement climatique et le développement urbain. Cet argument économique renforce une vérité simple : des sols sains ne sont pas un luxe écologique mais un atout fondamental pour la stabilité nationale et la prospérité urbaine.

Dans le même temps, l’agriculture urbaine et périurbaine est essentielle pour les villes africaines. Des études montrent que ces systèmes fournissent jusqu’à 40 % du manioc, 80 % des produits avicoles, 90 % de la laitue et pas moins de 95 % du lait frais dans certaines villes à croissance rapide. Lorsque les sols de ces zones se dégradent ou sont contaminés, le bien-être nutritionnel des ménages urbains est directement menacé. Ce lien entre la santé des sols et les systèmes alimentaires urbains souligne l’urgence d’une action coordonnée.

Alignement sur l’Initiative en faveur des sols en Afrique (SIA) de l’Union africaine 

Des actions concrètes du SIS et de l’AFSH -AP pour des sols urbains sains

1.       Valoriser et récupérer la terre végétale issue des chantiers.

La terre végétale retirée des chantiers doit être conservée et réutilisée pour la mise en valeur des terres, la restauration des terres agricoles dégradées et le verdissement urbain.

2.       Intégrer la surveillance des sols dans l’aménagement urbain.

Les évaluations des sols, les contrôles de la contamination et les cartes numériques des sols devraient guider les décisions relatives à l’utilisation des terres.

3.       Accroître les solutions fondées sur la nature. 

Les forêts urbaines, les couloirs verts, les biorigoles et les sols perméables peuvent contribuer à améliorer la fonction du sol et la résilience urbaine.

4.       Investir dans les services de conseil numériques sur les sols.

Mettre en relation les autorités municipales, les AARiEL, les centres du CGIAR, l’AUSO et le FARA pour produire des données en temps réel sur l’état des sols urbains.

5.       Renforcer la sensibilisation du public.

Les citoyens, les promoteurs immobiliers et les collectivités locales doivent comprendre que le sol est un système vivant essentiel à la durabilité urbaine. 

Plusieurs interventions majeures se démarquent. La première consiste à attribuer une valeur économique réelle à la couche arable. Les activités de construction enlèvent souvent la couche arable fertile qui est traitée comme un déchet, alors que ce matériau pourrait être réutilisé pour restaurer les terres agricoles dégradées, appuyer le verdissement urbain ou réhabiliter les ceintures maraîchères périurbaines.  La récupération et la réutilisation de la couche arable devraient devenir une pratique courante dans les villes africaines.  L’institutionnalisation de la surveillance des sols dans le cadre de l’aménagement urbain est tout aussi importante.  Les évaluations des sols, les contrôles de la contamination et les cartes numériques des sols devraient guider les décisions en matière de conception urbaine et les autorisations de construire. Les solutions fondées sur la nature, telles que les forêts urbaines, les revêtements perméables, les jardins de pluie, les biorigoles et les couloirs verts peuvent contribuer à restaurer la fonction des sols tout en améliorant les microclimats urbains. Les investissements dans les services de conseil numériques sur les sols, portés par des partenariats entre le FARA, les AARiEI, les centres du CGIAR et l’Observatoire des sols de l’Union africaine (AUSO), fourniront les données en temps réel nécessaires à une prise de décision. Il convient également de renforcer la sensibilisation du public pour s’assurer que les citoyens, les promoteurs immobiliers et les décideurs comprennent que le sol est un système vivant dont la santé soutient la résilience urbaine.

À l’occasion de la Journée mondiale des sols, le message est clair : la santé des villes africaines dépend directement de celle des sols qui les soutiennent. Il est indispensable de préserver la santé des sols grâce à de meilleures politiques, à l’innovation scientifique, à un développement urbain responsable et à la récupération de la couche de terre arable pour construire des villes durables, dynamiques et équitables pour les générations à venir.  

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