Adama et Lume, région d’Oromia, Éthiopie — 27 février 2026
Par Benjamin Abugri, Abdulrazak Ibrahim, Israel Fugah et Shaquille Pennaneach
À la suite de la réunion de planification couronnée de succès du Pacte pour le blé du TAAT, des partenaires de toute l’Afrique se sont réunis du 25 au 27 février à Adama, en Éthiopie dans le cadre d’un atelier axé sur la mise en œuvre et visant à traduire les résultats de la recherche en conseils pratiques, adaptés aux agriculteurs. La réunion, qui était accueillie par le gouvernement éthiopien par l’intermédiaire de l’Institut éthiopien de recherche agricole (EIAR en anglais), a mis en évidence le rôle de premier plan que jouent les autorités éthiopiennes dans la promotion de l’autosuffisance en blé et l’échange de connaissances au niveau régional.
L’atelier a marqué un passage décisif de la planification à la mise en œuvre. Le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) a dirigé l’élaboration de supports structurés de sensibilisation et de vulgarisation conçus pour accélérer l’adoption de technologies améliorées du blé dans les systèmes nationaux.
Organisé dans le cadre du programme Technologies pour la transformation de l’agriculture en Afrique (TAAT), l’atelier de finalisation de la boîte à outils sur le blé a porté sur l’harmonisation des messages relatifs aux bonnes pratiques agricoles (BPA) et sur la production d’outils de vulgarisation, normalisés, adaptés aux agriculteurs et destinés à être déployés à travers les services nationaux de vulgarisation. Cette initiative répond à l’impératif urgent d’accroître la production nationale de blé grâce à l’amélioration des pratiques agronomiques, au renforcement des systèmes semenciers et à la coordination des partenariats dans la chaîne de valeur.
Transformer la recherche en connaissances accessibles aux agriculteurs
L’atelier a réuni des points focaux nationaux, des agronomes, des chercheurs et des partenaires techniques venus d’Éthiopie, du Kenya, du Mali, du Soudan, de la Tanzanie et du Zimbabwe, ainsi que de l’ICARDA, des instituts nationaux de recherche et des équipes techniques du TAAT. L’ICARDA poursuit ses recherches et continue de mettre au point des technologies liées au blé tandis que le FARA, par le biais du pacte Renforcement des capacités et diffusion des technologies (CDTO) du TAAT, s’attache à garantir que ces innovations sont transformées en solutions accessibles et évolutives pour les agriculteurs.
Le Dr Abdulrazak Ibrahim a présenté le mandat du pacte CDTO et son rôle dans l’expansion de l’innovation agricole grâce à des systèmes structurés de renforcement des capacités et de sensibilisation. M. Benjamin Abugri a animé des sessions sur la conception de supports de vulgarisation de haute qualité qui ont mis l’accent sur la clarté ainsi que sur des messages axés sur les agriculteurs, des pratiques intelligentes face au climat, des mécanismes d’incitation et des conseils pratiques et concrets. Les discussions ont également porté sur les outils permettant de mettre à l’échelle les technologies, les cadres normalisés pour les manuels de sensibilisation et les formats de communication harmonisés pour garantir une cohérence entre les pays.
Travaillant en groupes par pays, les participants ont analysé les contraintes de production, les obstacles à la communication et les lacunes en matière d’appui institutionnel. L’exercice s’est achevé sur la formulation de recommandations consolidées sur l’appui technique, les mécanismes de coordination et les approches de communication stratégique nécessaires pour maintenir et accroître les gains de productivité du blé dans les pays participants.
De l’innovation à l’impact : enseignement sur le terrain dans la plateforme d’innovation de Lume
L’un des moments forts de l’atelier a été la visite sur le terrain, le 26 février, de la plateforme d’innovation de Lume dans la zone East Shewa de la région d’Oromia. Le site offre une démonstration convaincante de la manière dont la recherche coordonnée, les systèmes de vulgarisation et l’adoption menée par les agriculteurs peuvent permettre de traduire les avancées scientifiques en gains de production mesurables.
Depuis 2018, la culture du blé dans la région est passée d’environ 150 hectares à environ 7 200 hectares en 2025. Les participants ont cité cette transformation rapide comme une illustration concrète de la manière dont les innovations scientifiques, lorsqu’elles sont efficacement diffusées et appuyées par des systèmes de vulgarisation solides, peuvent contribuer directement aux objectifs nationaux de sécurité alimentaire.
Lors de la visite, les participants ont eu des échanges directs avec les agriculteurs et les agents de vulgarisation et ont pu observer des variétés de blé améliorées, des pratiques d’irrigation et des techniques de gestion agronomique améliorées. L’expérience sur le terrain a permis de renforcer le message principal de l’atelier : la technologie seule ne suffit pas à stimuler la transformation agricole ; c’est son adoption systématique, appuyée par la coordination des activités de sensibilisation et un alignement institutionnel, qui fait la différence.
Élaboration de la boîte à outils de vulgarisation sur le blé
La dernière journée de l’atelier a été consacrée à la transformation de la recherche technique en outils de communication pratiques que les agriculteurs peuvent facilement appliquer. Les participants ont travaillé à l’élaboration de supports clairs et adaptés aux agriculteurs, notamment des dépliants, des brochures et des guides illustrés permettant de traduire les résultats de la recherche en instructions simples à appliquer sur le terrain.
Des projets de guides nationaux des bonnes pratiques agricoles (BPA) ont été examinés. Ils couvrent l’ensemble du cycle de production du blé : préparation des sols, sélection des semences, fertilisation, gestion des maladies et des ravageurs, récolte et manutention après récolte. L’accent a été mis sur la clarté, l’ordre chronologique et la facilité d’utilisation.
Les équipes de pays ont ensuite élaboré des prototypes de brochures de vulgarisation destinés à :
- Fournir des conseils agricoles clairs, étape par étape ;
- Utiliser un minimum de texte et des illustrations claires ;
- Appuyer les agents de vulgarisation nationaux ; et
- Permettre une traduction en langues locales.
L’atelier s’est terminé par un plan d’action continental clair : le FARA coordonnera l’harmonisation et la finalisation des supports de sensibilisation et de vulgarisation sur le blé pour guider l’adoption à grande échelle de technologies améliorées dans les pays participants. Ces supports seront préparés pour l’impression, la traduction et la diffusion numérique par l’intermédiaire des systèmes nationaux de conseil agricole.
Renforcement du partenariat FARA–ICARDA
Les ateliers tenus consécutivement ont réaffirmé les rôles complémentaires de l’ICARDA et du Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA). L’ICARDA joue un rôle de premier plan dans la mise au point de technologies améliorées pour le blé et produit les données de recherche sous-jacentes tandis que le FARA veille à ce que ces connaissances soient traduites, communiquées et intégrées dans les systèmes nationaux d’innovation agricole.
Dans les mois à venir, les deux organisations travailleront en étroite collaboration avec les pays participants dans le but de finaliser et de mettre en place des boîtes à outils technologiques pour la culture du blé, en produisant une série de supports de vulgarisation et de sensibilisation destinés à appuyer la mise à l’échelle, l’adoption et la durabilité à long terme. Ces efforts contribueront également au déploiement du TAAT III, renforçant ainsi le lien entre les découvertes scientifiques et leur adoption par les agriculteurs sur le continent.
Dans le cadre de l’élaboration des boîtes à outils des BPA spécifiques à chaque pays, les participants ont identifié cinq domaines prioritaires qui devraient être mis en évidence dans les supports de sensibilisation et de vulgarisation qui seront produits. Dans tous les pays, les représentants ont convenu que les agriculteurs et les agents de vulgarisation avaient particulièrement besoin de conseils pratiques sur les variétés de semences et les taux de semis recommandés, l’application d’engrais, le calendrier d’irrigation, les calendriers de semis et les technologies de stockage appropriées. Ces thèmes prioritaires permettront de définir les messages clés qui seront communiqués par le biais des différentes plateformes de formation et de diffusion.
En harmonisant la recherche, le renforcement des capacités et la communication, le Pacte pour le blé du TAAT aide les pays à atteindre l’autosuffisance en blé, à réduire leur dépendance vis-à-vis des importations et à renforcer la sécurité alimentaire. Les réunions tenues à Adama ont permis de démonter un principe fondamental : la transformation agricole ne repose pas uniquement sur des semences améliorées, mais sur des systèmes améliorés qui garantissent que les connaissances parviennent aux agriculteurs, qui nourrissent le continent, et qu’ils les adoptent.




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