Nourrir 2,5 milliards d’Africains d’ici 2050 : le FARA plaide en faveur d’une gouvernance prospective pour la transformation des systèmes alimentaires

Alors que l’Afrique est confrontée au défi de nourrir une population qui devrait atteindre près de 2,5 milliards de personnes d’ici 2050, le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) a plaidé en faveur du passage d’une gestion réactive des systèmes alimentaires à des systèmes de gouvernance prospective capables d’aider les institutions à se préparer aux risques, aux incertitudes et aux transformations structurelles à long terme.

Le Dr Abdulrazak Ibrahim, responsable du pôle capacités institutionnelles et scénarios futurs (ICF en anglais) au FARA, qui intervenait pendant la table ronde de haut niveau sur la science, l’innovation et les données pour la transformation des systèmes alimentaires lors de la 4ème réunion régionale africaine sur la transformation des systèmes alimentaires tenue à Accra, au Ghana,  a mis en exergue  l’étude prospective stratégique en cours intitulée : « Comment l’Afrique nourrira-t-elle 2,5 milliards de personnes d’ici 2050 ? ». Cette étude est mise en œuvre par le FARA en collaboration avec le Pôle de coordination des systèmes alimentaires des Nations Unies dans le cadre des efforts menés sur le continent pour renforcer la prise de décision fondée sur des données probantes, la gouvernance prospective et la mise en œuvre du PDDAA en Afrique.

Le Dr Abdulrazak Ibrahim, responsable du pôle capacités institutionnelles et scénarios futurs (ICF en anglais) au FARA

Cette étude, commandée par l’Envoyé spécial de l’Union africaine pour les systèmes alimentaires et appuyée par l’initiative « Accélérer la transformation des systèmes alimentaires grâce à un modèle de réussite évolutif », financée par l’Union européenne, examine les obstacles structurels, les choix en matière de leadership et les trajectoires de transformation qui façonneront les systèmes agroalimentaires africains à l’horizon 2050. Elle mobilise des approches telles que l’analyse prospective, les diagnostics politico-économiques et institutionnels, la pensée systémique, les consultations des parties prenantes ainsi que l’élaboration de scénarios dans le but d’évaluer comment différents choix politiques et d’investissement dans le cadre du PDDAA pourraient influencer les futurs résultats du secteur agroalimentaire sur le continent.

Le Dr Ibrahim a indiqué que l’étude s’appuyait sur la dynamique créée lors de la consultation de Nairobi de décembre 2025, qui a réuni des institutions de l’Union africaine, des États membres, des Communautés économiques régionales (CER) ainsi que des partenaires dans le but de concevoir conjointement un système continental de prospective aligné sur le PDDAA. Ces consultations ont permis de valider une feuille de route visant à intégrer la prospective dans les processus d’élaboration des politiques, de planification des investissements et de gouvernance anticipative, dans le cadre de l’Agenda 2063 et des mécanismes de mise en œuvre du PDDAA.

Il a souligné que les enjeux des systèmes alimentaires africains ne pouvaient plus être relevés à travers une gestion réactive des crises, des interventions fragmentées et des cycles politiques courts.

Selon le Dr Ibrahim, pour nourrir la population croissante de l’Afrique dans un contexte marqué par l’incertitude climatique, les tensions écologiques, la volatilité des marchés, l’expansion démographique et les perturbations géopolitiques, il faudra des institutions en mesure d’anticiper les perturbations, de gérer la complexité, de détecter les risques à un stade précoce et de soutenir des actions coordonnées avant une dégradation de la crise.

L’intervention concordait étroitement avec la position de l’Union africaine exposée par S.E.M. Moses Vilakati quant à l’importance d’institutionnaliser la prospective et la gouvernance prospective en tant que piliers fondamentaux de la transformation des systèmes alimentaires, de renforcement de la résilience et de l’appropriation du PDDAA.

Il a également mis en évidence les activités que le FARA mène en collaboration avec les organisations de recherche sous-régionales (OSR) dans le cadre de l’Académie africaine prospective (AFA en anglais) pour renforcer les capacités africaines en matière de prospective, d’intelligence stratégique et d’élaboration de politiques fondées sur des données probantes.  Grâce à cet écosystème continental de prospective en pleine expansion, les activités ont permis de mobiliser les parties prenantes dans plus de 45 pays, de soutenir plus de 200 institutions et de renforcer les capacités de plus de 2 000 professionnels en matière d’utilisation des outils de prospective et des approches systémiques.

L’organisation a également fait référence au guide continental sur la prospective de qualité pour la transformation des systèmes alimentaires, élaboré dans le but d’appuyer des processus de prospective rigoureux, participatifs, pertinents pour les politiques et exploitables, capables de faire évoluer les institutions au-delà des études ponctuelles vers des systèmes de prospective durables intégrés aux processus de gouvernance et de planification.

Le Dr Ibrahim a en outre souligné que, bien que l’Afrique ait généré des innovations significatives dans les domaines de l’agriculture et des systèmes alimentaires, notamment des technologies intelligentes face au climat, des systèmes semenciers résilients, des applications biotechnologiques, des plateformes de conseil numériques et des pratiques de gestion durable des terres, des contraintes majeures subsistent pour la mise à l’échelle de ces innovations en raison de la faiblesse des systèmes de financement, de la fragmentation des partenariats, de la faiblesse des interfaces entre science et politique et de la coordination institutionnelle limitée.

Il a également mis en lumière l’importance croissante des systèmes de données intégrés, des analyses agricoles fondées sur l’intelligence artificielle, de l’intelligence géospatiale, de la modélisation des risques climatiques, des systèmes d’alerte précoce et des services numériques de vulgarisation agricole pour renforcer l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes et améliorer la résilience des systèmes alimentaires face aux chocs.

Il a réitéré l’appel constant du FARA en faveur d’une meilleure coordination entre les gouvernements, les institutions de recherche, les organisations régionales, les acteurs du secteur privé, les partenaires au développement et les acteurs non étatiques pour créer des écosystèmes intégrés de transformation capables d’assurer une transformation durable et à grande échelle des systèmes agroalimentaires en Afrique.

En conclusion, il a souligné la position du FARA selon laquelle l’avenir des systèmes alimentaires africains dépendra non seulement des avancées technologiques mais également de la capacité à associer innovation, inclusion, intelligence locale, systèmes de savoirs locaux et résilience institutionnelle.

Leave A Comment