La FAO plaide pour la diversification des cultures pour répondre à une hausse prévue de 50 % de la demande alimentaire en Afrique d’ici 2050

Par  Kabah Atawoge

Face à une demande alimentaire qui devrait augmenter de 50 % d’ici 2050, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a souligné la nécessité pour les pays africains d’accélérer la diversification des cultures et d’adopter des systèmes de production agricole durable.

S’exprimant lors de l’ouverture de la « Consultation régionale de trois jours sur les cultures d’opportunité en Afrique », tenue à Accra, le Dr Chikelu Mba, Directeur adjoint de la Division de la production végétale et de la protection des plantes de la FAO, a souligné que la production alimentaire mondiale devra augmenter de manière significative pour garantir la sécurité alimentaire d’une population en constante croissance.

Le Dr Chikelu Mba, Division de la production végétale et de la protection des plantes de la FAO

 

Selon lui, les estimations de la FAO montrent que, d’ici 2050, la production mondiale de denrées alimentaires devra augmenter de 50 % par rapport aux niveaux de 2012, pour atteindre environ 9 milliards de tonnes et répondre aux besoins alimentaires de la population mondiale.

« Chaque année, la FAO, le FIDA, le Programme alimentaire mondial et l’UNICEF évaluent l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde. N’est-il pas préoccupant de constater qu’en Afrique, l’insécurité alimentaire et la malnutrition continuent d’augmenter ? » a fait observer le Dr Mba.

Il a souligné que la transformation des systèmes de culture en Afrique, afin de les rendre plus durables, plus résilients et plus inclusifs, est essentielle pour assurer la sécurité alimentaire et l’amélioration de la nutrition.

« Au moins 80 % des aliments consommés dans le monde sont d’origine végétale, faisant de la production végétale un pilier essentiel de la sécurité alimentaire » a-t-il ajouté.

Le Dr Mba a expliqué que la stratégie de la FAO repose sur trois piliers fondamentaux : les systèmes semenciers, l’agronomie et la santé des végétaux, appuyés par l’innovation, les biotechnologies et la mécanisation agricole.

 Pleins feux sur les cultures d’opportunité

La consultation régionale, organisée par la FAO en partenariat avec le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), a réuni des décideurs, des chercheurs, des partenaires au développement, des représentants du secteur privé, des organisations de la société civile, des organisations de producteurs et des institutions régionales.

Cette rencontre a pour objectif d’accélérer l’intégration des espèces cultivées négligées et sous-utilisées dans les systèmes alimentaires africains.

Quelques cultures d’opportunité présentées lors de la consultation régionale

 

Ces cultures, de plus en plus qualifiées de « cultures d’opportunité », comprennent différentes variétés de mil, des variétés locales de sorgho, le fonio, le pois bambara, des légumes indigènes et d’autres cultures traditionnelles profondément ancrées dans les traditions alimentaires africaines.

Malgré leur valeur nutritionnelle et leur résilience face au changement climatique, ces cultures restent marginalisées par la recherche, bénéficient de financements insuffisants et sont faiblement représentées dans les systèmes formels de semences, de recherche et de commercialisation.

Des investissements scientifiques requis

Le Directeur exécutif du Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), le Dr Aggrey Agumya, a appelé les parties prenantes à faire de la science le moteur de la transformation du secteur et à s’éloigner ainsi « d’une promesse de prospérité fondée uniquement sur le sentiment. »

Le Dr Aggrey Agumya, Directeur exécutif du   FARA

« Les cultures d’opportunité nécessitent des investissements scientifiques importants dans la conservation du matériel génétique, la sélection végétale, les systèmes semenciers, l’agronomie, la mécanisation, la création de valeur, les sciences de la nutrition, les informations sur les marchés et les systèmes numériques de conseil. Il est également nécessaire de produire des données probantes démontrant non seulement leur résilience face au changement climatique et leur valeur nutritionnelle supérieure, mais aussi leur viabilité économique. La science constitue le pont permettant de faire passer ces cultures du statut de ressources appréciées à l’échelle locale à celui de produits compétitifs sur les marchés mondiaux, et de cultures de subsistance à des filières rentables. »

Relever les principaux défis

Le Dr Mba a cité les conclusions du Troisième rapport de la FAO sur l’état des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde qui révèlent que seules 13 espèces de cultures sous-exploitées ont été jugées prioritaires pour la commercialisation en Afrique subsaharienne.

Il a identifié plusieurs obstacles au développement de ces cultures, notamment l’absence de stratégies nationales, une documentation insuffisante, des investissements limités dans les capacités humaines et institutionnelles, des possibilités restreintes de formation de troisième cycle ainsi que des déficits de compétences persistants.

« Nos produits alimentaires indigènes sont importants en raison de leur forte valeur nutritionnelle, de leur résilience face au changement climatique et de leur potentiel d’autonomisation économique », a-t-il ajouté.

Il a appelé au renforcement de l’appui politique, à une augmentation des investissements dans la recherche et le développement, à la création de valeur ajoutée, au développement des marchés et à la mise en place de partenariats stratégiques en vue d’exploiter pleinement le potentiel encore sous-exploité des cultures d’opportunité sur le continent.

Le Ghana mise sur les cultures indigènes

Le vice-ministre ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture, M. John Setor Dumelo, a indiqué que le Ghana misait sur les cultures indigènes et sous-exploitées pour transformer les systèmes agroalimentaires, améliorer la nutrition et renforcer la résilience face au changement climatique.

Il a souligné que, bien que les communautés africaines cultivent depuis des générations des plantes nutritives et résilientes au changement climatique, nombre d’entre elles ont fait l’objet d’une attention limitée en matière de recherche, de politiques, d’investissements et de développement agricole commercial.

L’honorable John Setor Dumelo, Vice-ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture du Ghana

 

Selon M. Dumelo, les « cultures d’opportunité » offrent des avantages considérables, notamment une alimentation plus saine, une meilleure résilience au changement climatique, la préservation de la biodiversité, l’augmentation des revenus des agriculteurs et un développement rural plus inclusif.

« Ce programme revêt une importance particulière pour le Ghana. La transformation de nos systèmes agroalimentaires exige que nous exploitions pleinement le potentiel de notre biodiversité agricole tout en créant des possibilités pour les agriculteurs, les transformateurs, les commerçants et les entreprises agroalimentaires », a-t-il indiqué.

Il a également souligné la contribution du Ghana au programme continental à travers le Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR), notamment l’Institut de recherche agricole de la savane (SARI).

Il a en outre indiqué que le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture avait, en collaboration avec la FAO, mis en œuvre le projet intitulé « Appui aux femmes actrices de la chaîne de valeur du fonio au Ghana ». Cette initiative vise à faire passer le fonio « du statut d’espèce négligée et sous-exploitée à celui de filière commercialement viable, capable de concurrencer les cultures vivrières incontournables telles que le riz et le maïs. »

Cette consultation devrait déboucher sur des recommandations visant à renforcer les cadres politiques, de recherche et d’investissement afin de promouvoir les cultures d’opportunité comme moyen d’assurer la sécurité alimentaire, de renforcer la résilience face au changement climatique et de promouvoir le développement agricole durable en Afrique.


Source : CitiNewsRoom.com

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