Une conférence de trois jours, organisée conjointement par le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), s’est conclue par un engagement renouvelé en faveur de la valorisation des cultures d’opportunité en Afrique à travers le renforcement des politiques, de la recherche, des investissements et de la coopération régionale.
Cette consultation de haut niveau a réuni des décideurs, des chercheurs, des partenaires de développement, des représentants du secteur privé, des organisations de la société civile, des organisations de producteurs et des institutions régionales dans le but d’accélérer l’intégration des espèces cultivées négligées et sous-utilisées dans les systèmes alimentaires africains.
Les participants ont examiné les expériences nationales et régionales, analysé les cadres politiques et institutionnels en vigueur, et exploré des stratégies visant à renforcer la conservation, la production durable, les systèmes semenciers, les chaînes de valeur, la recherche, le renforcement des capacités, la sensibilisation du public ainsi que l’intégration aux marchés.
La réunion a également permis d’élaborer une feuille de route régionale et un plan d’action concerté destinés à orienter les investissements futurs, les réformes des politiques et la mise en œuvre coordonnée des actions sur le continent.
Ces cultures, souvent qualifiées de « cultures d’opportunité », comprennent le mil, les variétés locales de sorgho, le fonio, le pois bambara, les légumes indigènes et d’autres cultures traditionnelles profondément ancrées dans les traditions alimentaires africaines. Toutefois, elles restent marginalisées par la recherche, sont insuffisamment financées et faiblement intégrées dans les systèmes formels de production semencière, de recherche et de commercialisation.
Quelques cultures d’opportunité présentées lors de la consultation régionale
Cette conférence intervient à un moment crucial pour le secteur agroalimentaire africain, dans un contexte où le continent est confronté à l’insécurité alimentaire, à la malnutrition, au changement climatique, à la perte de biodiversité, à une urbanisation rapide et à une dépendance croissante vis-à-vis des denrées alimentaires importées.
Selon la note conceptuelle de la conférence, environ un Africain sur cinq souffrait de la faim en 2024, et plus d’un milliard de personnes n’avaient pas les moyens de s’offrir une alimentation saine. Parallèlement, la riche diversité génétique végétale de l’Afrique, essentielle à la sécurité alimentaire, à la nutrition, aux moyens de subsistance et au patrimoine culturel, est de plus en plus menacée.
Les participants ont identifié les cultures d’opportunité comme une solution pratique et durable à bon nombre de ces défis. Riches en nutriments, résistantes aux chocs climatiques et bien adaptées aux conditions locales, ces cultures pourraient contribuer à renforcer les systèmes agricoles des petits exploitants, à diversifier les régimes alimentaires, à dynamiser les économies locales et à améliorer la résilience face aux changements climatiques.
Toutefois, les parties prenantes ont reconnu que le développement des cultures d’opportunité demeure freiné par des investissements insuffisants dans la recherche, des systèmes semenciers fragiles, des chaînes de valeur fragmentées, une faible sensibilisation des consommateurs, des débouchés commerciaux limités et un appui insuffisant aux politiques.
En amont de la consultation, les organisateurs ont souligné la nécessité de repositionner les cultures d’opportunité comme des atouts stratégiques pour la transformation des systèmes alimentaires africains, en mettant en avant leur contribution à la conservation de la biodiversité, à la nutrition, à la résilience et à la préservation des identités culturelles.
Cette initiative s’inscrit également dans la dynamique continentale croissante impulsée par la Déclaration de Kampala sur le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), qui appelle les États membres de l’Union africaine à promouvoir la production et la consommation de cultures traditionnelles et indigènes nutritives au moyen de politiques favorables, de réformes réglementaires et de mécanismes de financement ciblés.
Le Dr Aggrey Agumya, Directeur exécutif du FARA
Prenant la parole lors de la conférence, le Directeur exécutif du FARA, le Dr Aggrey Agumya, a indiqué que l’Afrique dispose d’une riche diversité de cultures indigènes encore largement sous-exploitée malgré leur immense potentiel nutritionnel et économique.
Il a souligné que nombre de ces cultures ont été insuffisamment prises en compte dans les efforts de recherche et de commercialisation. Il a ajouté que la conférence visait à s’appuyer sur les progrès réalisés au cours de la dernière décennie tout en encourageant des investissements accrus et un renforcement de la recherche scientifique en faveur des cultures indigènes africaines prioritaires.
Le Vice-ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture du Ghana, M. John Dumelo, a insisté sur la nécessité d’investir dans la recherche afin d’améliorer les variétés de cultures indigènes, soulignant que ces efforts contribueraient de manière significative à relever les défis de la sécurité alimentaire en Afrique.
L’’honorable John Setor Dumelo, Vice-ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture du Ghana
Intervenant également lors de cette consultation, le Dr Chikelu Mba, Directeur adjoint de la Division de la production végétale et de la protection des plantes de la FAO, a souligné que la production alimentaire mondiale devra augmenter d’environ 50 % pour répondre à la demande croissante dans les années à venir.
Le Dr Chikelu Mba, Division de la production végétale et de la protection des plantes de la FAO
Il a indiqué que des millions de personnes ont basculé dans la pauvreté, tandis que la faim, la malnutrition et les besoins humanitaires continuent de s’aggraver sous l’effet croissant des impacts du changement climatique.
La conférence s’est achevée sur un engagement commun des gouvernements et des parties prenantes à renforcer leur collaboration et à mobiliser des investissements afin de faire des cultures d’opportunité les moteurs clés de systèmes alimentaires durables, d’une meilleure nutrition et d’une résilience climatique à long terme.
Source : 3News (Ghana)




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