Renforcer les partenariats en vue de l’augmentation de la production alimentaire et la création d’emplois pour les jeunes

On ne peut travailler pour la nourriture quand il n’y a pas d’échange de vivres contre du travail       -Proverbe africain

Comme le suggère le proverbe africain, accroître la participation des femmes et des jeunes à l’agriculture sans créer des possibilités d’emploi peut avoir un effet néfaste. Même si nous plaidons en faveur d’une participation active des jeunes et des femmes à l’AR4D, il convient de noter que 250 millions[i] de personnes en Afrique souffrent de la faim.

La Journée mondiale de l’alimentation sera célébrée le 16 octobre 2020. Que signifie cette journée pour l’agriculture africaine ? Au cours des années, des efforts ont été consentis en vue de renforcer la collaboration entre tous les acteurs du système alimentaire y compris les producteurs, le secteur privé, la société civile, les jeunes, les chercheurs agricoles, les prestataires de services d’éducation et de formation, les vulgarisateurs, les décideurs et les consommateurs. L’objectif est de déployer une approche systémique en vue de formuler des solutions pour traiter un ensemble de facteurs complexes qui ont contribué à la prévalence de la faim.  Le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) a pris l’initiative de défendre la transition vers l’approche axée sur les systèmes d’innovation dans le domaine de l’agriculture. Cela suppose également le renforcement des capacités des divers groupes de parties prenantes dans le système d’innovation agricole en vue de leur permettre de jouer leurs rôles de manière efficace et cohérente. Malgré ce changement, plusieurs difficultés restent à surmonter, notamment :

  1. Une faible participation des femmes à certaines composantes du système d’innovation agricole telle que la recherche où seulement 22%[ii] des chercheurs agricoles sont des femmes. Les femmes représentent 40%[iii] de la main d’œuvre agricole en Afrique.
  2. L’Afrique dépense plus de 45 milliards de dollars pour les importations de produits alimentaires. Ce chiffre devrait atteindre 110 milliards de dollars d’ici 2025[iv].
  3. Plus d’une personne sur six, souvent des jeunes femmes[v], ont perdu leurs emplois depuis le début de la pandémie de COVID-19.

 

La Journée mondiale de l’alimentation de cette année est l’occasion pour les pays africains de faire le point de la situation et de réévaluer les priorités présentées dans le sillage de la pandémie actuelle. Par conséquent, c’est l’occasion d’adopter des solutions innovantes basées sur des technologies et données scientifiques adaptées aux utilisateurs finaux. C’est également l’occasion de resserrer la collaboration entre les principaux acteurs du système d’innovation agricole notamment les producteurs, les chercheurs et les décideurs en vue de reconstituer les éléments du système alimentaire touchés par les chocs liés à la COVID-19. Le FARA a, en 2020, organisé des concertations, des ateliers, et des séminaires en vue de renforcer la capacité des parties prenantes dans le domaine des processus de prospective et de la commercialisation des produits de recherche. La collaboration susmentionnée devrait permettre d’accélérer la mise en place de plans de redressement conjoints face à la COVID-19. Cela permettra aux pays de mieux gérer les risques et d’améliorer la résilience.

Par conséquent, au moment où les pays commencent à mettre en place des plans de redressement face à la COVID 19, un facteur considéré comme crucial concerne les investissements pour accroître la productivité agricole, la capacité de transformation des produits agricoles et de stockage.  Ceci est particulièrement important pour des denrées alimentaires essentielles telles que le riz, le blé, le mil, le sorgho, les patates et le maïs.  Au Soudan, par exemple, les prix du sorgho et du mil ont augmenté en septembre 2020 pour atteindre des niveaux record[vi], principalement en raison des faibles rendements que le pays a enregistrés en 2019. Il y a également eu une hausse du prix du mil au Sénégal[vii] ce qui est un reflet des perturbations provoquées par la pandémie. Toutefois, les cours du maïs sont restés stables en août et septembre 2020[viii], parce que le rendement obtenu était largement supérieur à la moyenne. Les fluctuations des prix des principaux produits de base s’expliquent par le fait que les mesures prises traditionnellement pour se protéger de ces fluctuations sont insuffisantes. Ces mesures comprennent des installations de stockage et la transformation des denrées agricoles pour prolonger leur durée de conservation. Les interventions destinées à accroître la productivité et à combler les lacunes à l’origine de l’instabilité des prix sur le continent sont stipulées dans le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA) et la stratégie Nourrir l’Afrique[ix] de la Banque africaine pour le développement. À terme, ces interventions permettront de créer des possibilités d’emplois pour les femmes et les jeunes.

La Journée mondiale de l’alimentation est l’occasion pour nous de réfléchir aux mesures à prendre en vue de lutter contre la faim. Les acteurs du système d’innovation agricole en Afrique devraient envisager des actions visant à renforcer les partenariats en vue du partage des connaissances, des compétences et des infrastructures dans le but d’accroître la production et la productivité et de faciliter le commerce et la distribution de denrées alimentaires aux consommateurs. Il est indispensable de veiller à ce que le processus de redressement face à la COVID-19 accorde la priorité à l’adoption de la science et de la technologie comme outil nécessaire pour augmenter l’accès et la disponibilité de la nourriture tout en accordant une attention particulière à la création de possibilités d’emplois pour les femmes et les jeunes. Cela demeurera un volet essentiel du programme du Forum

Rédacteur :  Karen Munoko

 

 

 

 

[i] The State of Food Security and Nutrition in the World 2020 (l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2020, FAO, FIDA, UNICEF, PAM et OMS, 2020), xviii, consulté le 16 octobre 2020, http://www.fao.org/documents/card/en/c/ca9692en.

[ii]Report reveals low participation of women in agricultural research (le rapport révèle une faible participation des femmes à la recherche agricole) AWARD, consulté le 15 octobre 2020, https://awardfellowships.org/news/report-reveals-low-participation-of-women-in-agricultural-research/

[iii] “Women, Agriculture and Work in Africa,” (les femmes, l’agriculture et le travail en Afrique) Text/HTML, World Bank, consulté le 15 octobre 2020, https://www.worldbank.org/en/programs/africa-myths-and-facts/publication/women-agriculture-and-work-in-africa.

[iv] “COVID-19: A Threat to Food Security in Africa” (COVID-19 : Une menace pour la sécurité alimentaire en Afrique)| CNUCED,” consulté le 15 octobre  2020, https://unctad.org/news/covid-19-threat-food-security-africa.

[v] “Boosting Youth Employment in Africa during and after the COVID-19 Pandemic,” (Stimuler les emplois pour les jeunes en Afrique durant et après la pandémie de COVID-19) CRDI – Centre de recherche pour le développement international, consulté le 15 octobre 2020, https://www.idrc.ca/en/research-in-action/boosting-youth-employment-africa-during-and-after-covid-19-pandemic.

[vi] “Prices of Coarse Grains, Higher Year on Year, Continued to Increase Seasonally in Most Countries” (les cours des céréales secondaires, toujours plus élevés année après année, continuent de connaître une hausse saisonnière) | Suivi et analyse des prix alimentaires (FPMA,) | Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’agricultures,” consulté le 15 octobre 2020, http://www.fao.org/giews/food-prices/regional-roundups/detail/en/c/1313836/.

[vii] Ibid.

[viii] “Prices of Maize Remained Generally Firm” (les prix du maïs restent généralement fermes) | Suivi et analyse des prix alimentaires (FPMA) | Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’agriculture,” consulté le 15 octobre2020, http://www.fao.org/giews/food-prices/regional-roundups/detail/en/c/1313842/.

[ix] “Feed_Africa-_Strategy_for_Agricultural_Transformation_in_Africa_2016-2025.Pdf,” (Nourrir l’Afrique :  Stratégie de transformation de l’agriculture en Afrique) n.d., consulté le 15 octobre 2020, https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Generic-Documents/Feed_Africa-_Strategy_for_Agricultural_Transformation_in_Africa_2016-2025.pdf.

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